Centre d'écologie appliquée du Hainaut

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jeudi 11 mai 2017

Bulletin N° 86 - Mars 2017

Nicolas Hulot, Marion Cotillard, Pierre Rabhi... signent l’appel du monde de demain

Militants, artistes et membres des mouvements associatifs lancent un appel aux citoyens comme aux candidats à se mobiliser et à imaginer qu’un autre monde est possible

Par Collectif

Par Collectif Nous, signataires de cet appel, ne croyons pas que les responsables politiques seuls ont le pouvoir de transformer la société. Il n’existe pas d’homme ou de femme providentiels.

Pour que les responsables politiques et économiques engagent des changements, ils ont besoin d’être portés, accompagnés, contraints parfois, par un mouvement puissant, par des millions de personnes qui s’unissent et s’engagent dans leur quotidien.

Nous sommes face à un choix historique.

Choisir le monde dans lequel nous vivrons dans les décennies qui viennent ou ne pas choisir et laisser les événements suivre leur cours.

Ce qui, au regard de l’écrasante majorité des données scientifiques que nous connaissons, ressemblera à peu près à cela: disparition d’une grande part des animaux sauvages, des forêts, de milliers d’espèces sur terre et dans les mers, augmentation des sécheresses, des inondations, des tornades, des typhons, territoires submergés, millions de réfugiés lancés sur les routes à la recherche d’un endroit où vivre, de moins en moins d’eau, des émeutes de la faim, des conflits pour s’approprier les ressources naturelles, une aggravation des inégalités, des tensions sociales et géopolitiques, des violences de toutes sortes parmi lesquelles le terrorisme, une explosion de la dette, des chocs économiques à répétition, du chômage… Inutile de continuer, et de dire où pourrait nous conduire cette litanie. Nous le savons. Ou nous devrions le savoir.

Alors qu’attendons-nous ?

Nous connaissons la plupart des solutions à nos problèmes, mais nous ne les mettons pas en place parce que les responsables politiques ne sont pas d’accord, parce que les grands industriels, les syndicats ou les administrations ne sont pas d’accord, parce que nous n’avons pas le temps, parce que c’est trop cher, parce que c’est compliqué, parce que, tout de même, nous ne sommes pas vraiment certains que tout cela soit si catastrophique…

En réalité, nous attendons souvent que quelqu’un s’y mette pour nous.

Nous en avons assez d’attendre que la catastrophe arrive.

Nous avons tant de choses à faire et tellement de potentialités pour y parvenir. Nettoyer les océans, replanter les forêts, produire une nourriture saine pour tous, en régénérant les sols et la biodiversité, faire en sorte que chaque être humain soit abrité, soigné, éduqué, produire de l’énergie renouvelable en abondance sans détruire les écosystèmes, réduire drastiquement notre consommation, trouver les moyens de fabriquer les objets de demain avec les déchets d’aujourd’hui, inventer les moyens les plus simples et les plus sains de vivre sur cette petite planète sans en épuiser les ressources ou en perturber les équilibres.

Nous savons faire tout cela. Peut-être pas encore aussi bien qu’il le faudrait, mais ce n’est qu’une question de temps et d’investissement. Nous réussissons ce que nous choisissons d’entreprendre, l’Histoire nous l’a montré, maintes fois. Nous avons calculé que toutes ces activités peuvent créer des centaines de millions d’emplois passionnants à travers le monde, redonner du sens à nos existences, à nos sociétés, y apporter la sécurité et la paix…

La question est de savoir ce que nous voulons vraiment.

Oui, mais comment démarrer ?

Nous sommes nombreux à être traversés par le découragement, la résignation, le cynisme parfois. Nous serions trop petits, trop faibles face aux gigantesques mécanismes à l’œuvre. Mais personne n’a traversé les océans, aboli l’esclavage, trouvé des traitements à des maladies en se répétant que rien ne changera jamais. Aujourd’hui, nous avons besoin de nous mobiliser comme jamais aucune communauté humaine avant nous. Nous avons besoin de déployer des trésors de créativité, de solidarité, d’intelligence. De sortir de nos intérêts personnels pour embrasser l’intérêt de tous. D’une certaine façon, rien n’est plus exaltant. Il y a là de quoi satisfaire nos besoins d’héroïsme bien plus intelligemment que toutes les guerres de ces derniers millénaires.

Le chemin ne sera ni court ni facile.

Nous aurons besoin de remporter des luttes démocratiques, de traverser des ruptures, d’avoir des idées radicalement nouvelles, d’apprendre à travailler ensemble malgré nos différences…

Nous aurons besoin de tous : élus, entrepreneurs, salariés, fonctionnaires, penseurs, artistes, mères ou pères au foyer, retraités, enfants, riches, pauvres, Français et étrangers…

Nous aurons besoin de projets pionniers et de lois accélérant la transition, d’investissements financiers et de changements personnels.

La bonne nouvelle est que nous sommes des millions en France, des milliards dans le monde et qu’en quelques décennies nous pourrions réorienter l’Histoire.

Aujourd’hui, nous vous appelons à rejoindre les millions de personnes qui se sont déjà mises au travail.

Nous vous appelons à vous informer, à lire, à écouter, à rencontrer, pour vous faire votre propre idée sur toutes ces questions.

Nous vous appelons à faire tout ce qui est possible dans votre quotidien, pour limiter notre impact sur la planète et les êtres humains.

Nous vous appelons à repenser votre métier : à faire ce qui vous passionne, ce pour quoi vous êtes vraiment doué et de vous servir de ce talent pour construire un monde plus juste et plus durable.

Nous vous appelons à vous regrouper, là où vous vivez, là où vous travaillez, pour porter des projets d’avenir, pour réunir ceux qui sont séparés, pour aider ceux qui sont les plus fragiles.

Nous vous appelons à vous mobiliser pour vous opposer aux lois qui exploitent la nature ou les êtres humains, pour porter de nouvelles idées jusque dans les sphères politiques.

Nous vous appelons à soutenir ceux qui portent déjà ces idées dans le champ politique, économique ou associatif.

Nous appelons les candidats partageant ces idées à se rassembler et à porter ensemble un projet pour transformer la France et l’Europe.

Nous vous appelons à rêver qu’un autre monde est possible.

Et à vous unir pour concrétiser ce rêve.

Signataires : Cyril Dion (auteur, réalisateur, cofondateur du mouvement Colibris), Pierre Rabhi (écrivain, agroécologiste, fondateur du mouvement Colibris), Nicolas Hulot (président de la Fondation Nicolas Hulot), Thierry Kuhn (président d’Emmaüs), Jean-François Julliard (directeur général de Greenpeace France), Cyril Lage (fondateur de Parlement & citoyens), Maxime de Rostolan (directeur de Fermes d’avenir), Martin Rieussec (Les Jours heureux), Thierry Salomon (viceprésident de l’Association négaWatt), Patrick Viveret (philosophe), Matthieu Chedid (chanteur, auteur compositeur), Marion Cotillard (actrice), Gaël Faure (chanteur), Arthur H (chanteur, auteur compositeur), Nancy Huston (écrivain), Mélanie Laurent (actrice, réalisatrice), Emily Loizeau (chanteuse, auteurcompositrice), Pierre Niney (acteur), Jérôme Pitorin (animateur et réalisateur), Marie-Monique Robin (auteur et réalisatrice), Olivier De Schutter (ancien rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation), Joël Labbé (sénateur), Eric Piolle (maire de Grenoble), Françoise Nyssen (présidente d’Actes Sud), Emmanuel Druon (président de Pocheco), Eric de Kermel (directeur de Bayard Nature et territoires), François Lemarchand (fondateur de Nature et découvertes), Christophe André (auteur et psychiatre).

Le Monde – 1er février 2017

Bulletin N° 86 - Mars 2017

« POUR UNE ÉCONOMIE NON-VIOLENTE »

- Cécile Lamarque - Les Amis de la Terre -

« Penser globalement, agir localement » est un slogan qui caractérise les Amis de la Terre depuis leur création. Cette revue, intitulée « Pour une économie non-violente », est une nouvelle illustration de ce besoin de disposer d’une analyse globale du monde dans lequel nous vivons afin d’en comprendre les grands enjeux et de définir des pistes douces ou radicales de changements à tous les niveaux d’engagement : individuel, collectif, sociétal. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas pris à bras le corps cet énorme morceau qu’est devenu notre système économique capitaliste qui a envahi presque tous les coins de la planète et presque toutes les dimensions de notre vie : tout s’achète et tout se vend. La redéfinition, l’année passée, de nos trois grands axes de travail pour les années 2016-2020 (1) a ramené sur le devant de la scène notre besoin de redéfinir notre rapport au système économique à travers l’axe « Pour une économie non-violente ». Et comment mieux entamer nos réflexions et nos actions qu’à partir d’une revue qui brosse la situation actuelle de notre économie en n’oubliant pas de mettre en évidence les alternatives enthousiasmantes à cette Méga-machine.

Pour une économie non-violente, c’est d’abord prendre conscience que nous vivons dans une économie violente et les exemples ne manquent pas :
En 2015, 62 personnes possédaient autant de richesses que 3,6 milliards de personnes (soit la moitié la plus pauvre de l'humanité).

- En 2014, la part, toujours croissante, du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus fortunés a atteint 48 %. La quasi-totalité des 52 % de patrimoine restant est aux mains des 20 % les plus riches. 80 % de la population mondiale doit donc se contenter de 5,5 % des richesses. Les politiques des gouvernements et institutions internationales (FMI, Banque mondiale, etc.), qui se gargarisent de lutter contre la pauvreté, engendrent des inégalités jamais atteintes dans l’histoire.

- La spéculation financière, qui provoqua, entre autres tributs, la crise alimentaire de 2007-2008, a fait basculer plus de 100 millions de personnes dans la misère et la faim.

- Des centaines de millions d’hectares sont consacrés à la production massive d’agrocarburants en dépossédant des dizaines de millions de paysans de leurs terres, en détruisant la biodiversité, en polluant les sols et contaminant les eaux.

- L’émission de gaz à effet de serre ne cesse de croître tout en dévastant les puits de leur absorption (les forêts, les océans).

- La fragilisation des écosystèmes est telle qu’une vague d'extinction des espèces vivantes sans précédent depuis la disparition des dinosaures, il y a 65 millions d'années, est en cours.

Et tout cela s’appuie sur des lobbys auprès des parlementaires, des gouvernements, des instances régionales et internationales, qui visent à ce que les droits du marché prévalent sur ceux de la vie. Mais aussi sur l’érection de murs, sur la mobilisation des forces de l’ordre pour exclure des populations qui fuient les conditions de misère provoquées en grande partie par ceux-là même qui les excluent. Ou encore sur des bases militaires présentent partout sur la planète qui assurent le contrôle des ressources naturelles. Et enfin, sur le déclenchement de guerres pour garantir ce contrôle quand cela s’impose !

Promouvoir une économie qui crée d’immenses richesses en ignorant les externalités, c’est-à-dire les dommages écologiques et sociaux qui n’entrent pas dans le calcul économique, est intolérable.

La liste des méfaits et autres crimes contre l'humanité et la nature menés par une minorité égoïste et avide est longue. Elle recouvre les cinq siècles écoulés, marqués par l’imposition au monde du mode de production capitaliste. En effet, si la violence est omniprésente dans l’histoire de l’humanité, la découverte du « nouveau monde » en 1492 est souvent présentée comme la date symbolique qui a vu basculer le monde dans un processus de spoliation des peuples et des ressources sans précédent, et qui perdure encore aujourd’hui.

La vie prospère sur notre planète depuis près de 4 milliards d'année. Contrairement à ce qu’affirment certains idéologues, le capitalisme n’est pas la destinée « naturelle » de toute société humaine ; il est plutôt une erreur historique relativement récente. Rien d’incongru, donc, à imaginer son abandon et à tordre le cou à la célèbre expression de Margaret Thatcher « There Is No Alternative ».

L’absurdité et la violence intrinsèque de notre système économique, qui fait proliférer des biens inutiles, ignore les vrais besoins humains, exploite impunément la nature et amplifie les inégalités entre les individus, est inacceptable. En outre, sur une planète dont les limites ont déjà été dépassées, sortir d'un système qui compromet dangereusement le fragile équilibre écologique et la vie sur terre n'est pas une option mais une nécessité.

Face à cette économie de prédation et de dépossession, nous proposons et soutenons une « économie non-violente ». Encourager l'émergence d'une « économie non-violente », c'est inviter à un changement radical de direction. Le point de départ est l'inévitable réduction de la pression sur la biosphère. Si notre espèce veut perdurer, il est nécessaire de replacer l'économie au service de la vie : ce qui est produit doit satisfaire les besoins humains selon des critères d'équité et dans le respect des limites écologiques locales et globales.

Il est nécessaire, aussi, de reconsidérer le rapport entre l’humain et la nature : passer de son exploitation à son respect comme source de la vie. Replacer l'humain au sein de la nature, c'est-à-dire comme appartenant à la nature au même titre que les autres espèces. Il peut dès lors y laisser son empreinte pourvu qu'elle ne soit pas néfaste pour l’environnement, et donc pour lui-même.

Cela implique, enfin, de reconsidérer nos relations les uns à l'égard des autres. Cette économie se veut centrée sur la satisfaction des besoins, pas des désirs : la préoccupation collective de premier ordre est non plus la croissance mais l'amélioration de la qualité de vie et du bien-être de toutes et tous.

La non-violence, comme dimension constitutive des rapports humains, exige que l’on mette un terme aux causes de la violence, c’est-à-dire aux structures économiques, sociales et politiques qui oppriment les personnes et les peuples. À cette fin, précisons que la non-violence, ce n'est pas éviter ou ignorer les conflits, tout du contraire. C’est rejeter la passivité et la soumission, c'est mener des actions efficaces quand il s'agit de s'opposer à des injustices et défendre les droits humains, c'est agir positivement pour résister à l’oppression et faire naître le changement.

Concevoir de nouvelles formes d'organisations sociales et économiques, compatibles avec l'épanouissement de toutes et tous, est nécessaire mais non suffisant. La violence de la société est le reflet d'une violence qui existe aussi à l'intérieur de nous. Dès lors, cette volonté de transformation sociétale doit aller de pair avec une transformation intérieure, avec une autre manière d'être au monde, de la part de chacune et chacun d'entre nous.

Utopie tout cela ? Utopie nécessaire pour assurer la survie de l’humanité et de la planète. Et cette utopie est déjà là en germe. Partout sur la planète, des femmes et des hommes refusent et combattent l'injustice. Partout, des alternatives sociales, économiques, démocratiques et écologiques se mettent en place. Bien que partielles et insuffisantes, ces alternatives nous aident à rompre avec le fatalisme et constituent des sources d'inspiration pour nos actions individuelles et collectives. Beaucoup sont simples, cohérentes et pourraient être mises en œuvre dès aujourd’hui avec un peu de volonté politique.

Cette revue se veut une contribution à cette utopie souhaitable et nécessaire. Elle invite à découvrir et apprécier ce « déjà-là », les germes de ce que pourrait être une « économie non-violente ». Nous l'avons articulée autour du « REV » (Résistance, Expérimentation, Vision) proposé par Patrick Viveret. Le REV pose le caractère inséparable et interdépendant de ces trois éléments pour atteindre un trépied émancipateur : « Une résistance sans perspective et sans expérimentation devient une simple révolte souvent désespérée et désespérante. Une vision transformatrice sans résistance et sans expérimentation devient un simple horizon idéal sans traduction incarnée. Une expérimentation coupée de la résistance créative et de la vision transformatrice devient une soupape de sûreté ou une caution du système dominant sans capacité à le transformer ».

Cette revue se veut inclusive et rassembleuse. Du fait des contraintes éditoriales, il y a pourtant de nombreux absents. Du Buen Vivir des peuples autochtones andins aux principes gandhiens de Sarvodaya et Satyagraha portés par les mouvements populaires en Inde, nombre de visions et mouvements, porteurs de cette nouvelle humanité, n'ont pu y être présentés. Ils nourrissent néanmoins notre engagement.

Les questions des normes véhiculées par nos sociétés, celles de la reconnaissance, de l'inclusion et de l'épanouissement de toutes et tous - indépendamment des cultures, des religions, des différences, des handicaps, etc. - sont au cœur des défis à relever pour une nouvelle humanité. La société à laquelle nous aspirons est une société avec, par et pour les « sans » (terre, « papier », toit, etc.), les exclus, les opprimés, les marginalisés, les mis à l'écart, les niés, les passés sous silence, etc. À défaut de pouvoir mettre suffisamment de mots sur ces questions, ces vécus, ces combats, nous proposons une courte mais vivifiante traversée en images au côté du Créahm et de ses artistes. Le Créahm est une association dont l’objectif est de révéler et de déployer des formes d’art produites par des personnes handicapées mentales. L'objectif artistique est aussi sociétal et politique : l’espoir et la volonté de tendre vers une société où la différence - ici celle du handicap mental - est véritablement accueillie. Vous pourrez apprécier au fil des pages les créations de certains de ces artistes : des univers artistiques d’une extrême richesse.

Enfin, si cette transition peut parfois nous sembler lente et laborieuse, les Amis de la Terre souhaitent, par cette revue, en faire partager l’urgence et l’heureuse nécessité !

Le générique masculin est utilisé dans cette revue sans aucune discrimination et uniquement dans le but d’alléger le texte.

(1) « Pour une Terre vivante », « Pour une vie plus simple », « Pour une économie non-violente ».

Les Amis de la Terre - Belgique
ASBL, Rue Nanon, 98 à 5000 Namur

081 39 06 39 - contact chez amisdelaterre.be

Banque Triodos - IBAN BE65.5230.8002.7196 - BIC TRIOBEBB - « TVA » BE 0416.061.803

lundi 16 janvier 2017

Bulletin N° 85 - Décembre 2016

ARMES NUCLÉAIRES : L’AUTRE GRAND DÉFI CLIMATIQUE     
  - Michel Wautelet, Université de Mons -

  Lorsque, en 1983, Crutzen et ses collaborateurs publient leur article sur l’hiver nucléaire, c’est au début d’une nouvelle vision des armes nucléaires que l’on assiste. Jusque là, si on connaissait les effets dévastateurs d’explosions nucléaires isolées, personne n’avait considéré les effets indirects, comme ceux liés au relâchement de poussières, suies et produits chimiques suite aux incendies résultant d’un conflit majeur. Ceux-ci pourraient obscurcir le ciel de la planète pendant plusieurs semaines, empêchant toute photosynthèse et refroidissant l’atmosphère, résultant en un hiver en plein été: l’hiver nucléaire. Les conséquences sur l’environnement, la biosphère et, partant l’humanité, seraient terribles, à savoir l’extinction de nombreuses espèces dont, peut-être, l’espèce humaine. Depuis lors, les modèles se sont affinés, mais le refroidissement généralisé suite à un conflit nucléaire impliquant moins de 1 % des arsenaux nucléaires actuels n’est plus mis en doute. Après leurs études sur l’hiver nucléaire, dès le début des années 1990, les scientifiques ont examiné d’autres phénomènes, dont les effets d’une augmentation de la concentration des gaz à effet de serre. Les résultats sont connus: les changements climatiques.

  Depuis cette époque, avec l’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la Guerre froide, les arsenaux nucléaires des grandes puissances ont diminué. Conséquence: la forte baisse d’intérêt des responsables politiques, des médias et des citoyens pour les armes nucléaires. Pourtant, chaque année, c’est plusieurs fois que les armes nucléaires font l’actualité: explosions en Corée du Nord, nucléaire iranien, remplacement de nos F-16 par des avions porteurs d’armes nucléaires, etc. Et il y a encore plusieurs milliers d’armes nucléaires opérationnelles dans les arsenaux des puissances nucléaires. Et leur coûteuse modernisation est en cours. Le ferait-on si certains n’envisageaient pas de les employer, malgré les discours opposés. La dissuasion  nucléaire devrait se satisfaire d’une petite part des arsenaux actuels. 

  L’emploi, même limité, d’armes nucléaires ne manquerait pas d’avoir des conséquences désastreuses sur les hommes et sur l’environnement. Pour s’en convaincre, il suffit déjà de se rendre compte que l’énergie libérée par une bombe nucléaire se compte en centaines de kilotonnes. Une kilotonne correspond à l’explosion de mille tonnes d’explosif classique, comme le TNT. Militairement, la destruction de cibles enterrées est la justification officielle de telles armes. Grâce à l’amélioration de la précision des missiles nucléaires, une bombe de la puissance de celle d’Hiroshima ou Nagasaki serait suffisante. Les effets seraient pourtant désastreux : brûlures au 3ème degré pour les personnes exposées jusqu’à 2 km du lieu de l’explosion, vitres brisées (et donc personnes blessées) jusque 6 km, exposition à des doses mortelles de radiation nucléaire jusque plus d’une dizaine de km, effets sismiques comparables à un séisme de magnitude 6. Sans oublier les effets du nuage radioactif. Tout le monde se souvient de celui de Tchernobyl qui, bien qu’étant à 2000 km de chez nous, a conduit à rentrer le bétail dans les étables et à détruire nombre de légumes verts contaminés. Si une explosion nucléaire avait lieu à la même distance, selon la direction des vents, ce sont des quantités équivalentes de radioactivité (quoique de nature différente) qui nous atteindraient. Par exemple, plusieurs fois plus d’iode-131 sont émis par une explosion nucléaire qu’il n’en a été émis à Tchernobyl. Rappelons que c’est pour contrer les effets de l’iode-131 sur l’organisme que des pilules seront bientôt distribuées partout en Belgique, en cas d’accident nucléaire civil. C’est à tous les habitants des zones en conflit potentiel et éloignés qu’il faudrait distribuer de telles pilules. Dire qu’une arme nucléaire n’aurait que des effets locaux est un mensonge largement répandu, mais qui ne résiste pas à une analyse scientifique. 

  Et que dire d’un emploi massif d’armes nucléaires. La doctrine proclamée par l’OTAN et les autres grandes puissances nucléaires est le non-emploi en premier. Mais dans une étape de tension extrême requérant l’emploi possible de l’arme nucléaire, que signifie vraiment le concept? Et quid des conséquences d’un lâcher accidentel en cas de tension internationale? La riposte serait alors justifiée. Dans ce cas, les conséquences seraient mondiales. Obscurcissement et refroidissement général, pollution chimique mondiale, modification du climat. Ce serait à un scénario bien plus grave que tous ceux prédits par les modèles actuels du réchauffement climatique que l’on observerait. Avec, en prime, l’extinction  possible de l’humanité.

  Dans son récent discours à Hiroshima, Barack Obama a, très hypocritement, plaidé pour un monde dénucléarisé. Plus de septante ans après les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, alors que tout le monde connaît les effets désastreux pour l’homme et l’environnement de l’emploi, même local, des armes nucléaires, il est temps que l’on se mobilise pour éradiquer cette menace majeure sur le futur de la vie sur Terre que sont les arsenaux nucléaires. 

Carte blanche - 7 juin 2016

Bulletin N° 85 - Décembre 2016

Les Rièzes

  Au Pays des Rièzes et des Sarts - Annales d'histoire locale 30ème Année - N° 120            1990

    En parcourant le cahier n° 12 des "Etudes Ardennaises" du 1er janvier 1958, un article écrit par Monsieur Henri Manceau, portant le titre "Nos paysages chargés d'histoire" a retenu mon attention.

Je dirai même qu'une partie de cet article m'a stupéfié et m'a rempli d'étonnement puis de doute.

Monsieur Manceau décrit notre pays des Rièzes comme suit : "Une autre formation "naturelle", si l'on peut dire, c'est la Rièze des plateaux ardennais, parente de la toundra, avec, par place, ses tourbières géologiques. La rièze est à voir à tous moments de l'année : en automne, par ses brumes ou ses bourrasques; en hiver, sous la neige; en juin, quand le paysage rappelle au mieux la toundra septentrionale, que les cosses de genêts éclatent avec un bruit sec sous le soleil, que le rouge oxycoccos1 fleurit sur les coussins verts des sphaignes, quand les petits bouleaux frémissent au vent, entre les fondrières. Il suffit pourtant d'observer la carte d'Etat-Major pour deviner que la rièze représente une création humaine. La grande clairière de Rocroi où elle prend allure de boqueteaux succède, n'en doutons pas, à un défrichement très ancien, après lequel la forêt ne retrouva jamais sa vigueur primitive. Formation "secondaire", donc. Il est permis de penser qu'une partie de la rièze se constitua dans les âges néolithiques ou à l'époque du fer. De nombreuses tombes antiques dispersées à la périphérie, dans la forêt des Pothées, reportent au moins au 2ème siècle avant J.-C. Ce sont celles de chefs qui commandèrent que l'on coupe la forêt. Aujourd'hui, la rièze menace de disparaître. Elle fut conquise en partie depuis le XVIème siècle par le champ de seigle et le pâturage, malgré la difficulté de supprimer le genêt dont les paysans disent que sa graine survit dans le sol près d'un siècle. Au XXème siècle, un enrésinement systématique, après drainage, peut la supprimer de la carte, et de nos promenades, définitivement."

Monsieur Manceau termine son article en ces mots : "Achevons le propos par l'analyse d'une colonisation tardive : celle du plateau de Rocroi, aux XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles. Bien après le défrichement néolithique et gaulois, le Plateau avait constitué, sur une profondeur de dix à vingt kilomètres, le plus magnifique exemple de ce "désert-frontière" rappelé par M. Dion dans son ouvrage intitulé "Les Frontières de France". Et cela jusqu'à François 1er. Entre l'Empire et le Royaume, les bois et les rièzes garantissaient des conflits, des provocations réciproques, jusqu'au jour de 1555 où le Roi de France-c'était son domaine-se décida à planter là la place de Rocroi, l'une des premières qui fut bastionnée, la plus ancienne qui reste.

Suite de l'article dans notre bulletin N° 85

Bulletin N° 85 - Décembre 2016

À propos du Repair Café
     https://repaircafe.org/fr/a-propos-du-repair-cafe/

  C’est quoi un Repair Café ?
Réparer ensemble gratuitement, c’est l’idée des Repair Cafés dont l’entrée est ouverte à tous. Outils et matériel sont disponibles à l’endroit où est organisé le Repair Café, pour faire toutes les réparations possibles et imaginables. Vêtements, meubles, appareils électriques, bicyclettes, vaisselle, objets utiles, jouets, et autres. D’autre part sont présents dans le Repair Café des experts bénévoles, qui ont une connaissance et une compétence de la réparation dans toutes sortes de domaines.

On y apporte des objets en mauvais état qu’on a chez soi. Et on se met à l’ouvrage avec les gens du métier. Il y a toujours quelque chose à apprendre au Repair Café. Ceux qui n’ont rien à réparer prennent un café ou un thé, ou aident à réparer un objet appartenant à un autre. On peut aussi toujours y trouver des idées à la table de lecture qui propose des ouvrages sur la réparation et le bricolage.

Il y a des centaines de Repair Cafés partout en Belgique, en France et en Suiss : https://repaircafe.org/fr/visiter/ Vous pouvez visiter un Repair Café près de chez vous, ou pourquoi pas, en organiser un vous-même!

    Pourquoi un Repair Café ?
Nous autres, Européens, jetons énormément, également ce qui est à peine abîmé et serait parfaitement utilisable après une simple réparation. Mais pour nombre d’entre-nous, réparer n’est plus chose normale. Nous ne savons plus comment faire. Le savoir-faire en la matière est en voie de disparaître. Ceux et celles qui possèdent encore ces connaissances pratiques ne sont pas toujours appréciés à leur juste valeur dans nos sociétés, et en sont même souvent exclus malgré eux. Leur expérience n’est pas ou presque pas mise à profit.

Le Repair Café change la donne! Ceux qui peut-être seraient autrement laissés pour compte retrouvent leur place. Un précieux savoir-faire se transmet. Les objets remis en état sont plus longtemps utilisables et ne sont plus jetés, réduisant la consommation de matières premières et de l’énergie nécessaires à la fabrication de nouveaux produits. Ce qui réduit aussi les émissions de CO2. Car fabriquer de nouveaux produits – et leur recyclage – produit du CO2.

Le Repair Café apprend aux gens à voir autrement ce qu’ils possèdent, et à en redécouvrir la valeur. Le Repair Café favorise un changement de mentalité, condition première à une société durable construite par tous. Le Repair Café veut surtout être une expérience ludique, et gratifiante, pour des réparations qui s’avèrent souvent très simples. Venez et essayez !

  Qui en a eu l’idée ?
Le Repair Café est une initiative de Martine Postma. Depuis 2007, elle s’investit dans la durabilité au niveau local de toutes les façons possibles. Le 18 octobre 2009, Martine a organisé le tout premier Repair Café à Amsterdam. C’était une réussite éclatante. Pour Martine, ce succès a été la raison pour créer la Fondation Repair Café. Depuis 2011, cette Fondation soutient des groupes locaux tant à l’intérieur qu’à l’extérieur qui veulent commencer leur propre Repair Café. En savoir plus sur la naissance du Repair Café? Lisez le livre (en néerlandais, pour l’instant) que Martine en a écrit. Ou invitez Martine pour donner une conférence dans votre entreprise ou organisation.

  Un mouvement mondial
Tous les Repair Cafés se sont désormais réunis dans un mouvement mondial qui s’investit pour préserver dans notre société la connaissance et le savoir-faire de la réparation. En même temps, il lutte pour la fabrication des produits qui sont mieux réparables. Outre des Repair Cafés aux Pays-Bas, il y en a en Belgique, en Allemagne, en France, en Royaume-Uni, aux États-Unis et dans plusieurs pays partout dans le monde. Le Repair Café est même arrivé en Inde et au Japon ! La Fondation Repair Café Internationale a deux partenaires en Belgique : Netwerk Bewust Verbruiken soutient la propagation du Repair Café en Flandre, Repair Together s’en occupe en Wallonie. Ces deux partenaires coopèrent à Bruxelles.

  Les réparateurs professionnels n’ont-ils pas à craindre une concurrence ?
On pose parfois à la Fondation Repair Café la question de savoir si ces rencontres de réparation gratuite ne font pas concurrence aux réparateurs professionnels. La réponse est la suivante : bien au contraire! Les Repair Cafés organisés dans tout le pays visent à porter l’attention du public sur le fait que les choses sont réparables. Les visiteurs sont régulièrement réorientés vers les (rares) réparateurs (encore) en exercice.

La plupart des clients du Repair Café ne sont pas ceux qui généralement vont chez les professionnels de réparation. Ils disent jeter généralement les choses cassées immédiatement, car les faire réparer coûte trop cher. Au Repair Café, ils découvrent qu’il y a des alternatives au tout-jetable.

Bulletin N°84 - Juin 2016

YCERYA PURCHASI, LA COCHENILLE AUSTRALIENNE
  - Bernadette Lamblin -

    Ycerya purchasi est un hexapode (insecte) qui fait partie de l’ordre des hémiptères, du sous-ordre des Sternorrhynches, c’est une cochenille de la famille des Margarodidae.  Elle est originaire d’Australie. 

  Au-delà d’une sorte de croûte brun-rouge, on observe une masse blanche cannelée à 16 sillons hérissée de filaments blancs.  C’est l’ovisac que la femelle secrète pour héberger ses œufs, il peut en contenir plusieurs centaines.  Plus la femelle pond et plus le sac grossit, le corps de la femelle se relève de plus en plus. 

  Les œufs fécondés donnent des femelles et les œufs non fécondés des mâles qui sont peu nombreux et n’ont qu’un rôle minime voire nul dans la reproduction.  Le cycle de développement des larves dure trois mois et passe par trois stades.

Suite de l'article et photos dans notre bulletin n°84

Bulletin N°84 - Juin 2016

LA TERRE "PRESSÉE" PAR LE CAPITALISME 

Alain Geerts  -  Fédération Inter-Environnement Wallonie

  Difficile de fêter cette magnifique planète qu’est la Terre sans avoir une pensée pour la pression dont elle est l’objet de manière croissante depuis les débuts de la révolution industrielle et l’avènement du capitalisme. Cette pression sera probablement ce qui amènera ledit capitalisme à s’autodétruire pour faire place à une sobriété qui nous sera imposée précisément par les limites de la planète.

  Démographie : une pression complexe à réduire Les publications relativement récentes en matière de démographie [1] montre que :
* la population mondiale augmente de manière très importante depuis peu. Elle a triplé en moins d’un siècle, passant de 2 milliards en 1930 à 6 milliards en l’an 2000 et a encore fait un bond d’un milliard en une décennie ; * les spécialistes de la question démographique doivent - les données prospectives les plus récentes en attestent - ajuster en permanence leurs projections, et plutôt à la hausse qu’à la baisse ; * l’Afrique, qui se caractérise par l’espérance de vie la plus basse et un taux de mortalité infantile le plus élevé, a un taux de croissance de sa population qui demeurera très élevé ; * les nantis s’angoissent du fait d’une prise de conscience des "effets secondaires" d’une dénatalité constatée (en Europe, Japon, Corée du sud…) susceptible de générer des problèmes socio-économiques de taille. La cause de ladite dénatalité serait notamment le stress lié aux modes de vie occidentaux (travail, difficulté économique,…). Lutter contre cette implosion démographique en stimulant la natalité s’avère par ailleurs complexe et jusqu’à présent assez inefficace. L’évolution de la démographie constitue donc une réelle pression sur la planète, mais il serait particulièrement vain de vouloir résoudre le problème en s’attaquant de front à celle-ci.

Nous avons atteint (voire dépassé) les limites de notre planète

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mardi 3 mai 2016

Bulletin N°83 - Mars 2016

Labellisation biologique, la filière se met en danger
- Lionel Delvaux –

Conformément à ses engagements, la Commission européenne a adopté un projet de règlement modifiant la réglementation relative aux produits biologiques. Ce projet faisait suite à une large consultation des parties prenantes et des citoyens dont une proportion importante de consommateurs. Le Parlement européen s’est ensuite penché sur cette proposition et en a modifié fondamentalement certains aspects essentiels. Hormis de belles avancées dans le domaine des semences, le Parlement européen s’est montré très permissif aux arguments de la transformation et de la distribution relayé par IFOAM. Le parlement a revu à la baisse le niveau des exigences du cahier des charges européen et, dans certains cas, les a affaiblies par rapport au règlement actuel. La proposition du Parlement fait ainsi apparaître une agriculture biologique très peu ambitieuse et méconnaissant gravement les attentes des consommateurs.

Le cahier des charges européen de l’agriculture biologique a été créé en 2007 (Règlement n° 834/2007). À l’époque, le texte réglementaire fut largement critiqué. Il représentait, sous couvert d’une harmonisation européenne de cahiers des charges nationaux très hétérogènes, un nivellement par le bas des exigences applicables à l’agriculture biologique. La Commission s’était toutefois engagée à améliorer ce cadre réglementaire européen. Pour ce faire, elle a sollicité plus de 70 experts et universitaires qui ont examiné les défis actuels et futurs que devra relever le secteur de l’agriculture biologique. Elle a également lancé une consultation en ligne début 2013. En plus des quelque 45.000 réponses, ce qui constitue un véritable succès pour une consultation de ce type, la Commission a reçu près de 1.400 contributions complémentaires. La majorité des réponses (96 %) ont été envoyées par des citoyens, tandis que les 4 % restants émanent de parties intéressées. Le secteur a été informé du réexamen et a été consulté lors de plusieurs réunions du groupe consultatif « Agriculture biologique ». Les États membres, en tant qu’autorités compétentes responsables de la mise en œuvre de la législation, ont également été tenu informés du réexamen et consultés sur ses aspects techniques.S

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Bulletin N°83 - Mars 2016

Insécurité nucléaire maximale
Une opinion de Paul Lannoye, Docteur en sciences physiques Président du Grappe asbl, Député européen honoraire.


Notre sécurité d’approvisionnement énergétique serait largement garantie. Mais à un prix insoutenable: l’insécurité permanente qui nous place au premier rang des pays européens menacés par un accident nucléaire catastrophique.

Une heureuse nouvelle nous est récemment parvenue en provenance d’Electrabel : avant les fêtes de fin d’année, les sept réacteurs nucléaires situés sur notre territoire national seront opérationnels. Soyons rassurés. Les sapins de Noël sont tous illuminés !

Notre ministre en charge de l’Energie peut réaffirmer que notre sécurité d’approvisionnement est largement garantie. Elle a très probablement raison mais elle se garde bien d’ajouter que cela a un prix insoutenable : une insécurité permanente qui nous place au premier rang des pays européens menacés par un accident nucléaire catastrophique. La présence de sept réacteurs nucléaires (même jeunes et en bon état) sur un territoire de 30 000 km², avec une population de près de 11 millions d’habitants, par ailleurs riverain de deux centrales françaises de grande puissance (Gravelines et Chooz), nous placerait déjà au premier rang sur l’échelle du risque d’accident grave. Cette position privilégiée est nettement renforcée par les deux décisions récentes concernant le sort des unités fissurées de Doel 3 et Tihange 2 et la prolongation de dix ans de fonctionnement accordée à Doel 1 et Doel 2.

Fissures "probablement" inoffensives

Le cas de Doel 3 et Tihange 2 est emblématique. En 2012, des microfissures sont détectées sur les parties supérieure et inférieure de la cuve des réacteurs, ce qui entraîne la mise à l’arrêt des deux réacteurs jusqu’à ce que la preuve soit apportée que les défauts décelés n’affectent pas la sûreté. En mai 2013, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire, convaincue par le dossier remis par l’exploitant, autorise Electrabel à redémarrer les deux réacteurs. Ce qui a lieu en juin 2013. En février et en mars 2014, de nouveaux tests remettent en question les certitudes de 2013; l’exploitant décide d’arrêter à nouveau les réacteurs. S’ensuit une mobilisation sans précédent d’experts de toutes nationalités chargés de démontrer que l’intégrité structurelle des cuves des réacteurs n’est pas menacée par les très nombreuses microfissures présentes. Le 12 novembre dernier, l’AFCN, à nouveau convaincue, mais cette fois-ci pour de bon, autorise le redémarrage.Sui

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lundi 25 janvier 2016

Bulletin N° 82 - Déc 2015

VARIATIONS DU NIVEAU MARIN ET EFFET DE SERRE

- R. Fourneau -

Le zéro mètre utilisé par l'homme autrefois pour établir ses cartes à partir du niveau de la mer est tout à fait artificiel car la surface de celle-ci n'est ni stable ni fixe.

En Belgique, on a utilisé le niveau moyen des marées basses, aux Pays-Bas, le niveau moyen des moyennes de marées hautes et de marées basses, en France, on a pris le niveau moyen des marées de Méditerranée qui oscille entre 20 et 50 cm, ce qui entraîne une différence de 2,39 m entre les altitudes renseignées sur les cartes topographiques des pays voisins. D'autres pays comme ceux entourant la mer Noire ont plus de facilité car la mer est sans marée.

C'est pourquoi les cartes de l'avenir seront faites comme celles des autres planètes, qui n'ont pas de mer, par radar à partir d'un satellite se référant au centre de la planète. Ainsi, vu l'excentricité du rayon équatorial terrestre, de 20 km plus long que le rayon polaire, l'Himalaya ne sera plus le plus haut sommet terrestre mais ce seront bien les sommets andins équatoriens.

Des variations du niveau marin s'observent directement ou indirectement depuis toujours mais l'augmentation de 13 cm du niveau sur ce dernier siècle inquiète l'homme, cependant ce n'est qu'une hausse minime par rapport aux 2 mètres par siècle atteints lors d'une transgression marine typique (les phases d'élévation et de pénétration de la mer dites transgressions du Flandrien et du Dunkerquien, respectivement vers le IIe siècle B.C., puis du IVe au XIIIe et enfin au XIe siècle P.C. ne seraient peut-être finalement que des pénétrations liées à une rupture de cordon littoral, donc finalement des «pseudo-transgressions», réalisées à l'occasion de conjonction d'effets de marées et de très mauvaises conditions météorologiques).

On sait en effet que depuis les 2 ou 2,5 derniers Ma, l'alternance de grandes glaciations et de déglaciations - on en reconnaissait 4 autrefois, puis 6 et maintenant sans doute une vingtaine - a provoqué de grandes variations du niveau marin et que la dernière qui commença vers 20000 BP lentement d'abord, puis en hausse rapide de 50 cm entre 10000 et 7000 inonda des régions plates déjà occupées par l'homme comme la Mésopotamie (Éden veut dire terres plates en sumérien). D'autre part, des éruptions volcaniques plus nombreuses à cette époque qu'actuellement sont aussi responsables, par l'effondrement des appareils volcaniques, d'une élévation du niveau des mers comme ce fut le cas pour le volcan Santorin en mer Égée (voir annexe XIII).Suit

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lundi 31 août 2015

Bulletin N° 81 - Juin 2015

L’ÉRABLE À FEUILLES DE VIGNE ACER RUFINERVE
- Bernadette Lamblin -

L’Acer rufinerve, synonymes : Acer pensylvanicum ssp. rufinerve, A. cucullobracteatum, plus communément appelé érable jaspé de gris, ou encore érable à feuille de vigne est originaire du Japon. C’est un arbre vivace invasif qui est sur « liste grise » des espèces à surveiller. Cette espèce ne figure généralement pas sur la liste des plantes invasives dans les autres pays européens. Comme dans beaucoup de cas, il est arrivé chez nous pour être planté dans des jardins botaniques et plus particulièrement à Bonsecours dans l’arboretum dans les années 1950-1970. Il fut introduit en Europe en 1879 par Ch. Maries pour les pépinières Veitch.

C’est un arbre d’ornement qui peut atteindre 15 à 20 mètres, de couleur verte. L’écorce est dite « à peau de serpent » à cause de ses rayures blanches caractéristiques. Ses feuilles ont 3 à 5 lobes et ne sont pas persistantes.

Cette plante dioïque se reproduit par des graines qui sont disséminées par le vent parfois bien loin de la plante d’origine mais également par multiplication végétative. Les tiges couchées s'enracinent facilement et génèrent rapidement de nouveaux individus. Les jeunes individus rejettent abondamment de la souche une fois la tige principale coupée.

Les bourgeons sont verts en hiver et rouges au début du printemps. Les fruits sont constitués de samares ailées.

Le milieu forestier est son terrain privilégié. A. rufinerve se développe très bien dans les sous-bois, les clairières et les lisières forestières sur des sols pauvres et sableux à sablo-limoneux. En Belgique il peut pousser en compagnie d’un autre arbre invasif présent également en forêt de Bonsecours : le cerisier tardif (Prunus serotina). Dans les conditions favorables, il peut former des peuplements denses en-dessous desquels peu d’espèces herbacées poussent. De par sa forte capacité de multiplication végétative c’est une espèce difficile à gérer.

Un code de conduite des plantes invasives existe. Chaque professionnel et particulier peut y souscrire ; ce projet est proposé par : AlterIAS (2010 – 2013), il est coordonné par l’Unité Biodiversité & Paysage de l’Université de Liège Gembloux Agro Bio-Tech (ULg GxABT), en collaboration avec le Centre Technique Horticole de Gembloux (CTH) et le Centre de Recherche sur les Plantes ornementales (PCS).

Ce code de conduite préconise l’adoption de bonnes pratiques pour limiter les introductions et la dispersion des plantes invasives. C’est un outil d’auto-régulation basé sur la sensibilisation et l’éducation grâce au volontariat.

Les professionnels doivent :
1. Se tenir informés de la liste des plantes invasives en Belgique
2. Stopper la vente et/ou la plantation de certaines plantes invasives
3. Diffuser de l'information sur les plantes invasives aux clients ou aux citoyens
4. Promouvoir l'utilisation des plantes alternatives non invasives
5. Participer à la détection précoce

Pour les particuliers :
1. Informez-vous à propos de la liste des plantes invasives en Belgique
2. Evitez d'acheter ou de planter certaines plantes invasives
3. Choisissez de préférence des plantes alternatives non invasives
4. Ne jetez pas vos déchets verts dans la nature, dans les rivières ou dans les terrains vagues
5. Partagez vos connaissances et votre sensibilisation avec votre entourage

Le contenu du code a été approuvé par les principales fédérations et associations horticoles professionnelles actives dans le pays (Wallonie, Flandre, Bruxelles). Ce code est activement soutenu par les administrations régionales et fédérale en charge de l'environnement en Belgique (Agentshap voor Natuur en Bos, Bruxelles Environnement – Leefmilieu Brussel, Service Public Fédéral - Santé Publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environment – DG Environment, Service Public de Wallonie). Il est recommandé par le Conseil de l'Europe, l'Organisation Internationale des Jardins Botaniques (BGCI) et l'Organisation Européenne et Méditerranéenne pour la Protection des Plantes (EPPO).

La faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux a rendu son rapport final en novembre 2009. Elle a testé des méthodes de gestion sur trois plantes invasives en Région wallonne (Acer rufinerve, Cotoneaster horizontales et Spiraea spp.) et elle a également sensibilisé des agents de la DNF à la problématique des invasions biologiques.

Le site d’étude pour la mise en place des tests de gestion pour Acer rufinerve se situe dans la forêt domaniale de Bonsecours. Plusieurs techniques ont été testées : l’arrachage manuel, le gyrobroyage profond, le gyrobroyage superficiel avec un débroussaillage, un gyrobroyage profond couplé avec un arrachage manuel.

Le gyrobroyage superficiel seul (sans débroussaillage) ne semble pas efficace à court terme. L’érable jaspé de gris rejette abondamment après une seule coupe, et le taux de survie des tiges est élevé, même après avoir subi des dégâts importants. De plus, les tiges couchées par le passage des machines génèrent des racines adventives d’où vont émerger des rejets verticaux. Si la végétation est laissée à elle-même pendant 3 à 4 ans, il en résulterait très probablement un fourré tout aussi dense qu’à l’état initial. En 2009, un suivi rapide des zones gérées par un seul passage au gyrobroyeur a montré qu’elles présentaient toujours un recouvrement élevé. La hauteur et le nombre des tiges avaient diminué, mais pas la classe d’abondance.

L’efficacité de l’arrachage est satisfaisante. Il est facile à pratiquer, car l’espèce présente un système racinaire superficiel. Les tiges sont extraites sans aucune difficulté (ce qui constitue un avantage non négligeable par rapport à d’autres plantes invasives). Les tiges arrachées sont accrochées à la végétation existante afin d’éviter qu’elles ne restent en contact avec le sol et puissent dès lors « rejeter ». La technique est sélective et permet un développement rapide de la flore indigène, qui pourra former un tapis permettant de concurrencer les éventuels plants d’érable exotique subsistants. Le principal inconvénient réside dans le faible rendement de la technique. Dès lors, la gestion de vastes superficies envahies nécessiterait la mise en place de plusieurs campagnes d’arrachage avec une importante main d’œuvre à mobiliser. Un suivi des souches des semenciers abattus a également été réalisé. Sur 88 souches suivies, 28 présentaient des rejets, soit environ 32%. Ce sont principalement les jeunes semenciers qui rejettent, c’est-à-dire ceux d’un diamètre inférieur à 15 cm. Environ 42% d’entre eux rejettent, soit près de la moitié. Les semenciers de plus grande taille semblaient définitivement morts après la coupe.

Le gyrobroyage superficiel, couplé à un débroussaillage 2 mois plus tard, donne de meilleurs résultats (réduction de 60% des effectifs). Pour réduire davantage les effectifs, il faut probablement répéter l’opération durant plusieurs années (au moins 2 ans). Il n’est toutefois pas certain que cette modalité de gestion permette d’éradiquer la population étant donné la forte résistance de la plante à des coupes successives. Si cette modalité est choisie, il faudra certainement la combiner avec de l’arrachage manuel car il est impossible de passer avec les machines dans toutes les zones envahies.

Le gyrobroyage profond utilisé seul montre une très bonne efficacité et un bon rendement, mais c’est une technique qui perturbe fortement le milieu. Il n’apparaît pas envisageable de l’appliquer sur de vastes superficies. Cette méthode pourrait être préconisée sur des superficies limitées, dans des zones fortement envahies qu’il faut prioritairement reboiser ou restaurer. Il est préférable de l’appliquer dans des zones suffisamment dégagées pour permettre à l’engin de manœuvrer correctement et de bien couvrir la zone. Pour éliminer les individus résiduels inaccessibles à la machine, il est nécessaire de procéder à une finition manuelle, ce qui réduit sensiblement le rendement.

L’arrachage manuel montre également de très bons résultats, mais son faible rendement nécessite une mobilisation importante en main d’œuvre, il convient de repasser sur les rejets de souches des jeunes semenciers abattus afin de les éliminer définitivement. Un traitement chimique pourrait être envisagé. Un plan d’éradication sectorisé et pluriannuel paraît réalisable, moyennant la poursuite des tests et quelques données complémentaires à collecter sur l’écologie de l’espèce.

Actuellement une gestion réalisée par la cellule d’appui à la lutte contre les plantes invasives (DNF/PNPE) est toujours en cours. La zone en rouge foncé est une zone tellement « infectée » qu’il semble impossible de la gérer.

Bibliographie :

http://www.alterias.be/fr/que-pouvons-nous-fairen/les-codes-de-conduite-sur-les-plantes-invasives

M. Halford, Tests de méthodes de gestion sur trois plantes invasives en Région wallonne (Acer rufinerve, Cotoneaster horizontalis et Spiraea spp.) et sensibilisation des agents DNF à la problématique des invasions biologiques, rapport final, 2009, Gembloux agro-bio tech, Université de Liège.

Cartes et photos dans le bulletin N° 81 du CEAH

Bulletin N° 81 - Juin 2015

GASPARD DEMOULIN, UN COLLECTIONNEUR MONTOIS MECONNU
- Michel Wautelet, Université de Mons -

Si les sciences se sont développées grâce à de nombreux scientifiques, elles avancent aussi grâce à quantité de gens discrets et méconnus. Il en est ainsi de collectionneurs qui, avec passion et grâce à une fortune considérable, ont accumulé des trésors, légués plus tard à des institutions scientifiques importantes. Gaspard Demoulin (Mons, 1812 – 1881) fait partie de cette catégorie de collectionneurs éclairés, discrets et méconnus.

Né à Mons le 12 février 1812, Gaspard Demoulin est le fils de Gaspard Joseph Demoulin (1770-1850). Après des études secondaires, il est envoyé à Douai pour faire des études de philosophie, puis à Paris pour des études de droit. Tout jeune, passionné d’entomologie, il parcourt la campagne à la recherche d’insectes rares. Après ses études, il complète ses collections entomologiques par des achats et des échanges. Il porte un grand soin à leur classification. Plus tard, devenues trop importantes, il en fait don au Musée de la ville de Mons.

Membre de la commission administrative de ce même musée, il se charge, seul, du classement des oiseaux et mammifères.

Mais c’est la passion des plantes qui va bientôt le dévorer. Après son mariage avec Marie Derbaix (1820-1913), en 1845, et le décès de son père, en 1850, il se retrouve à la tête d’une belle fortune. Il est aussi propriétaire d’une maison de campagne à Ghlin (actuellement rue du Festinoy). Il y fait des plantations diverses et y bâtit de vastes serres.
«Presque aucun genre de plantes ne lui était étranger. Dans son jardin on remarquait de curieuses collections de Conifères, de Crataegus, de Vitis, de Fougères rustiques, de plantes alpines, etc. Dans la serre chaude des Palmiers, Fougères, Cycadées, Aroïdées, Orchidées, Gloxinia, Achimènes, Amaryllis, etc., tandis que les Camellia, les Azalea, les arbustes de la Nouvelle Hollande, les Cyclamen, les Bouvardia, les Cineraires, les Fuchsia, lui faisaient une serre froide toujours fleurie. Mais il affectionnait tout particulièrement les Pelargonium… » (De Puydt, 1882).

Mais ce qui fit surtout la réputation de Demoulin, c’est sa collection de cactées. Au départ de plantes grasses trouvées dans la serre paternelle, il développe une collection de cactées, qu’il cultive dans ses serres de Ghlin. « Cette collection de Cactées s’était étendue et complétée à tel point qu’aucune autre en Europe n’eût pu lui être comparée. Tous les genres s’y accumulaient en superbes exemplaires; des Opuntia colosses s’y couvraient de fleurs et de fruits; les Cereus s’y élevaient jusqu’à quatre ou cinq mètres de hauteur et y prodiguaient leurs belles et étranges fleurs. Des Echinopsis, des Echinocactus y dépassaient la grosseur d’une tête humaine. Jusqu’aux tout petits genres simplement curieux, les Rhipsalis, les Phyllanthus, etc., avaient leur place dans cet ensemble. Mais une autre tribu partageait les faveurs de Demoulin, celle des Agavées. Aucune belle espèce ne manquait à sa collection et les amateurs ont pu admirer le colossal développement de quelques-unes des plus remarquables. Enfin, les Aloë, dont la réunion est très intéressante, les Stapelia et, en un mot, toutes les plantes charnues étaient soigneusement réunies dans les serres. » (De Puydt, 1882).

Les plantes provenaient de diverses sources: de voyageurs belges (Verheyen, Tonel au Mexique); lors de ses voyages en France (Paris, Lyon, Lille).

Connu des spécialistes, Demoulin est appelé dans de nombreux jurys d’horticulture. Lui-même n’aime pas concourir. Ce qui ne l’empêche pas de s’occuper activement de sociétés locales: il est nommé président de la Société royale d’horticulture de Mons en 1865.

Mais Demoulin n’est pas que collectionneur. Il s’implique dans la vie de Mons. Il est conseiller communal de Mons pendant 35 ans; il est un des collaborateurs les plus dévoués de François Dolez, lorsque celui-ci est bourgmestre de Mons (de 1866 à 1879). Il apprécie les questions budgétaires. Il quitte l’administration communale avec Dolez.

Il est chevalier de l’Ordre de Léopold, membre de l’Administration du Mont-de-Piété de Mons pendant 30 ans, de la Société des Sciences, Arts et Lettres du Hainaut.

Après son décès à Mons, le 14 novembre 1881, sa veuve fait don de sa collection de plantes grasses au Jardin botanique de l’Etat, à Bruxelles. Elle comprend environ 900 espèces, qui constituent le véritable départ de la serre des plantes grasses.

Bibliographie

Ces publications sont dans les Fonds anciens de la Bibliothèque de l’Université de Mons.

- P.E. de Puydt, Notice sur Gaspard Demoulin, in: Bull. Fédération des Sociétés d’horticulture de Belgique, pour 1881, pp. 5 – 17.

- Jean Massart, Notice sur la serre des plantes grasses au Jardin botanique de l’Etat, in: Bull. du Jardin botanique de l’Etat à Bruxelles, Vol 1, fasc 6 (Mai 1905), pp. 355 – 385.

- Gazette de Mons, 16/11/1881.

- Journal de Mons et du Hainaut, 20/11/1881.

Bulletin N° 81 - Juin 2015

De Terre et de Racines - Vagabondages en Haute Sambre
- Jean-Marie Delmotte -

Voir le bulletin n°80

Avant-propos

Enfant de la terre, la terre de « Thudinie »... j'ai grandi dans des odeurs d'étables aux parfums mêlés de bouse et de lait chaud : remugles, miasmes pour les uns, fumets capiteux pour les autres... dont je suis! Je garde au fond de ma mémoire la fragrance aigrelette émanant de la commissure des lèvres des chevaux à l'herbage quand, au jour-levant des petits matins blafards d'août, j'accompagnais Roger tout au bout de la prairie baignée de rosée - là où sourd le ruisseau de Villers - avertir Bella et l'Gris d'un furtif baiser sur le chanfrein, qu'un jour nouveau, prometteur de labeur, venait de débuter.

Ma Thudinie. je ne l'ai jamais quittée. Elle est tellement prenante pour qui sait la prendre et la comprendre... cette Thudinie liégeoise. Des p'tits coins d'paradis perdus au Pays de Haute Sambre. Des toponymes évocateurs de passés oubliés. Des noms qui parlent, même si souvent, ils restent pour nous des énigmes : A L'Euse, Monplaisir, Plomb Fondu, Omboie, Tint Cu! C'est beau, ça chante, ça claironne et ça fleure bon la campagne!... Bon-air, La Couturelle, Le Hututu. Pont Crotté, Dansonspène, Les Marwèles, Tacfesse... Ces coins-là, il faut aller les voir, les pratiquer à pied. Arriver par derrière, sans bruit, pour les surprendre, les sentir, les toucher, écouter leur musique... Arriver par derrière, sans bruit... pour en douceur leur dire tout simplement: «Je vous aime!»... Je l'ai arpentée en tous sens, cette Thudinie liégeoise, sans jamais me lasser. Encore, et encore, et toujours je l'arpente. J'ai commencé très tôt l’étude de mon milieu, ce que l'école appelle aujourd'hui « EdM » : Étude du Milieu. Mais cette EdM, scolaire et encadrée, n'a rien à voir avec mon EdM à moi, celle que j'ai faite sur le terrain lors de mes longues courses secrètes et solitaires, à pied ou à vélo... lors de mes évasions « buissonnières ». Je peux l'avouer maintenant, il y a prescription. J'étais un adepte de l'école buissonnière!...

Découvrir et redécouvrir sans cesse ce pays fascinant, celui de mon enfance : les grandes plaines battues des vents, les vallées encaissées, les ruisseaux bondissants, la Sambre et les péniches, les sentiers boueux, les forêts inquiétantes pour l'enfant que j'étais... les soleils, les brouillards, les ondées, les brouillasses, les décors enneigés; les oiseaux, les arbres, les carrières, les fleurs. L'exotisme à portée de la main. Et aussi les potales, les croix d'occis, les chapelles, les clochers, les grandes fermes blanches. Bien plus tard, je me suis aventuré dans des contrées de plus en plus lointaines : le pays de Beaumont, celui de Walcourt, celui de Cerfontaine, celui de Philippeville. Et puis, de plus en plus loin : Chimay, la Calestienne, la Famenne, l'Ardenne. Et le tour de Belgique, à pied sur la frontière, d'une borne à la suivante, et par monts et par vaux. Et puis...
La Vallée du Viroin, celle de la Molignée, celle de la Lesse et celle de L'Ourthe. Et les « Plus Beaux Villages de Wallonie », jusqu'à Wéris et ses dolmens et, jusqu'à La Forêt... la Semois! Et Soulme, Fagnolle, Crupet, Chardeneux, Celles, Mozet, Lompret, Sohier et... J'en oublie sûrement...
Enfin j'ai franchi la frontière du beau pays de France : exploré l'Avesnois perdu dans son bocage, apprécié son «Maroille», découvert la Thiérache, ses églises fortifiées, l'Oise, la Forêt de Saint Michel, Guise et son château...
En 1967, je guidais un groupe de randonneurs à la découverte des paysages de la Haute Sambre. C'était un jour d'hiver, un samedi de février éclatant de lumière glaciale! Dans le grand silence des campagnes givrées, figées, endormies, nous avons cheminé de l'abbaye d'Aulne à l'abbaye de Bonne-Espérance en passant par celle de Lobbes. Le chemin des trois abbayes! Ce jour-là, c'était la toute première fois. La toute première d'une longue série de guidances qui devaient s'enchaîner pendant plus de 45 années! Devenu guide-nature en 1984, à l'issue d'une formation assurée par les Cercles des Naturalistes de Belgique, la passion de la guidance-nature allait conduire mes pas; une passion que j'ai voulu partager en proposant moult excursions naturalistes, en particulier en Haute Sambre... mais pas seulement ! Que de découvertes, que de confirmations, que de petits et grands bonheurs partagés, que de souvenirs gravés dans ma mémoire, que de traces abandonnées dans la boue ou la poussière! Des traces éphémères, des moments de vie que je me devais de pérenniser...

Un jour, le hasard m’a fait découvrir la « Maison du Conte de Namur ». Emerveillé, je me suis souvenu des veillées contées de mon enfance autour de Tante Nelly, conteuse hors-pair. Et mes balades sont devenues « ballades contées ». Arpenter, musarder, patauger, encore et encore, et encore. Errer, flâner, vagabonder au hasard des sentiers, des chemins creux, des haies et des buissons... pour ne pas oublier...

Pour ne pas oublier les odeurs, les couleurs, les musiques, les saveurs changeantes des saisons. Pour ne pas oublier la fragrance aigrelette émanant de la commissure des lèvres des chevaux à l'herbage.
Partager tous les petits bonheurs entassés dans la cale de mes souvenirs. Laisser l'empreinte de mes pas dans tous ces chemins tracés, écrits dans la poussière et la sueur, siècle après siècle... pour que d'autres, après moi, puissent les cheminer...

Sommaire

- Préface 5
- Remerciements 7
- Avertissement 8
- Avant-propos 10
- Prologue 12
- 1. A Thuin... les sept cols 20
- 1bis. La vallée de la Bième-l'Eau, la rivière aux castors 33
- 2. A Merbes-le Château... de Bringuette à La Clicotte 39
- 3. A Lobbes... vers l'Ermitage 46
- 4. A Thuin, vers Biesme-sous Thuin par Maladrie et Ragnies 58
- 5. A Bersillies-1'Abbaye (Erquelinnes)... aux Grands Chênes 75
- 6. A Solre-sur-Sambre (Erquelinnes) vers Ram'quin 82
- 7. Aux Waibes (Thuin)... vers Hourpes 88
- 8. A Strée (Beaumont)... vers le Bois des Agaises 94
- 9. A Walcourt... vers Silenrieux 99
- 10. A Jamioulx (Ham-sur-Heure-Nalinnes)... vers Beignée 105
- 11. A Pry (Walcourt)... vers Fontenelle et Rognée 116
- 12. A Thy-le-Château (Walcourt)... vers Baconval 124
- 13. A Ragnies (Thuin)... vers Gravelotte et Biesmelle 130
- 14. A Landelies (Montigny-le-Tilleul)... Wespes et Domaniale 140
- 15. A Hantes-et-Wihéries (Erquelines)... de Bringuette à Ranchère 48
- 16. A Thuillies (Thuin)... par Donstiennes et Ossogne 162
- 17. A Aulne (Thuin)... de Beaudribus à l'Ermitage 174
- 18. A Lobbes... vers Forestaille et le Bois du Baron 189
- 19. A Fontaine-Valmont (Merbes-Ste Marie)... vers Grignart 204
- Epilogue 219
- Postfaces 220
- Index 221
- Illustrations photographiques 228
- Bibliographie – Sources 232
- Annexes : Notes historiques 233

Disponible auprès de l’auteur au prix de 16,00€ (20,00€, port inclus, à verser sur le compte BE09 0631 5568 7257)

Renseignements : 071/593495 ou jmdelmotte@voo.be

Bulletin N° 80 - Mars 2015

19 mars 2015

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

L’Université de Mons cède un important herbier au Jardin botanique Meise

L’Université de Mons a décidé de céder au Jardin botanique Meise l’important herbier scientifique réalisé par le Prof. Piérart au cours des années 70 et 80 dans le cadre de ses enseignements et recherches en botanique au sein de la Faculté des Sciences. Cet herbier volumineux est constitué d’une quarantaine de caisses et renferme plus de 3.000 échantillons de plantes récoltées dans la région de Mons mais aussi lors de diverses missions scientifiques notamment dans le Sud de la France ou en Italie. L’herbier cédé par l’UMONS ira accroître les impressionnantes collections du Jardin botanique Meise qui compte déjà près de 4 millions de spécimens, ce qui le classe parmi les 10 plus importants herbiers au monde.

Pourquoi ce don? La conservation de l’herbier hérité du Prof. Piérart nécessite des conditions de stockage très spécifiques (notamment taux d’humidité, désinsectisation, et respect des normes de protection contre le feu). Or, l’Université de Mons ne dispose pas des moyens pour assurer cette conservation. Pour éviter que ce patrimoine unique ne se détériore ou soit irrémédiablement perdu, l’institution a donc tout naturellement sollicité le Jardin botanique Meise qui s’est évidemment montré intéressé par ce don. Une convention a été signée entre les deux institutions ce 17 mars 2015. Dans cet accord, les responsables du Jardin botanique s’engagent à assurer la conservation de l’herbier dans des conditions optimales et à en garantir son accès gratuitement, tant aux chercheurs et étudiants montois qu’à l’ensemble de la communauté scientifique. Les herbiers sont d’une importance capitale pour l’étude et la connaissance de la Flore et nul doute que celui du Prof. Piérart y contribuera d’une manière significative.

Contacts :
Université de Mons
Dr. Denis Michez
Chef de travaux - Assistant professor
Laboratory of Zoology, Chav. 5
Tél : +32.(0)65.373803 ou +32.(0)478.376625
http://www.zoologie.umh.ac.be/hymenoptera/
http://www.zoologie.umh.ac.be/index.html

Jardin botanique Meise
Franck Hidvegi, chargé de communication - Tél. 02/260 09 49
franck.hidvegi@br.fgov.be - www.jardinbotanique.be

Bulletin N° 80 - Mars 2015

TERRE FROIDE
- Robert Fourneau -

En ces temps où tout le monde (l’ensemble de la planète) stresse par les variations climatiques qui apportent soit de bonnes conditions pour l’homme mais plus souvent de mauvaises, il est normal que s’inquiètent de nombreux scientifiques de toutes disciplines pour essayer de rassurer un maximum de population.

Ces dernières glaciations qui fondent et font varier les rivages ou les conditions de vie en montagne modifient les conditions de vie en beaucoup d’endroits du monde. Mais il ne faut pas oublier que des glaciations peuvent revenir dans peu de temps géologiques (11-20-60 ans) c’est-à-dire un avenir géologiquement rapproché mais qu’elles ne seront rien eu égard aux périodes très anciennes dont il reste encore des traces vers 8-10 millions d’années et …. que de possibilités intermédiaires peuvent encore être trouvées. Selon le géologue Paul Hoffman de Harvard et quelques autres, la Terre n'aurait connu qu'au moins cinq fois des glaciations dont une extraordinairement développée au Néoprotérozoïque - Précambrien, il y a environ 7 à 600 Ma. et qui aurait fait de la Terre une " boule de neige" glacée pendant 10 Ma. Des traces de cette glaciation se retrouvent dans beaucoup de régions du globe, principalement dans les régions désertiques comme la Côte des Squelettes au nord-ouest de la Namibie : ce sont des dépôts fossilisés d'une " farine" de roches, de l'argile à blocaux, striés, des "tillites"; ils furent ensuite recouverts de dépôts carbonates d'origine océanique, très riches en oxygène indiquant un passage rapide d'une période très froide à un monde chaud et humide. À première vue ces dépôts semblent liés à la dérive des plaques continentales, mais une analyse très fine du paléomagnétisme montre par l'orientation des particules de fer que les dépôts ont été réalisés dans la zone intertropicale proche de l'équateur. Une étude mathé¬matique de la formation d'une glaciation a montré d'autre part qu'il existe un point de rupture théorique à partir duquel, lorsqu'une glaciation est commencée, celle-ci s'étend de plus en plus loin jusqu'à pouvoir recouvrir la Terre entière. Cet emballement glaciaire qui aurait duré si longtemps aurait été contré par la permanence de l'activité volcanique et du dégazage de la planète perçant la couverture gelée, accumulant petit à petit dans l'atmosphère une quantité de C02 allant jusqu'à 10 %, créant un effet de serre avec des températures atteignant 50° et provoquant évaporation et précipitations en pluies acides attaquant les roches primitives à calcium (par exemple: feldspaths) et créant finalement des dépôts de ces roches décomposées sur les fonds d'océans, tièdes mais agités d'ouragans et de vagues atteignant 100 mètres de hauteur pendant au moins un siècle, dépôts que l'on retrouve actuellement sous forme de roches carbonatées recouvrant donc les moraines fossiles de Namibie, elles-mêmes résultant de l'érosion par les masses glaciaires (exaration). La vie primitive, unicellulaire semble-t-il, existant dans les fonds océaniques antérieurs et constituée essentiellement d'algues vertes et de cyanobactéries aurait pu subsister sous la glace car celle-ci, constituée de cristaux formés lentement, donc clairs et purs, laisse filtrer la lumière solaire lorsqu'elle est peu épaisse et permet ainsi la photosynthèse, mais lorsqu'elle a plusieurs kilomètres d'épaisseur, comme le montrent actuellement les sondages réalisés à travers les 3 à 4 kilomètres de l'inlandsis antarctique, recouvrant le lac Vostok, une vie sans lumière peut aussi sans doute s'être développée autour de fumeurs noirs et blancs des grandes fosses océaniques pourvoyeuses d'H2S, ouvertes ou piégées sous la glace. Cette hypothèse est d'ailleurs corroborée par la découverte dans une grotte fermée de Roumanie d'une vie primitive qui s'est maintenue depuis des millions d'années en utilisant des bactéries et champignons s'alimentant eux-mêmes de rejets sulfureux de profondeur par chimiosynthèse. Pour les spécialistes de l'évolution et du développement des espèces, cette nouvelle vie de la Terre aurait été le stimulant dopant l'explosion de la vie sur la planète. C'est en effet à partir de ce moment que les espèces pluricellulaires se développent à grande vitesse à tel point que depuis longtemps ces transformations successives et de plus en plus rapides ont servi de repères à la création des grandes ères paléontologiques et géologiques.

Géomorphologie et patrimoine culturel

Les entreprises de l'homme ont toujours été conditionnées par le milieu environnant: roches meubles ou résistantes, sols, climat, hydrographie, végétation... Les chercheurs - toutes disciplines confondues - dont la motivation, souvent considérée superflue ou onirique aux yeux de la société de consommation de notre époque, tentent de restituer l'histoire de la Terre et ce que l'anthrope y a fait et laissé depuis qu'il l'occupe, au bénéfice de tous les hommes, présents et à venir. Les analyses montrent ainsi qu'il est bouleversant de constater que l'homme qui vivait il y a 100 000, 10 000, 5 000 ou 2 000 ans dans des niveaux d'évolution différents, est si proche de l'homme moderne dans ses préoccupations fondamentales, comme le désir de compagnie, d'amitié, d'amour, la peur de la mort et l'aspiration à l'immortalité. Devant cette mort, l'anthrope a toujours tenté de trouver un sens à sa vie, une ligne de conduite, y apportant des réponses diverses: création et adoration d'une divinité, morale épicurienne, recherche d'un meilleur bien-être à tout prix... Les témoignages qui nous en restent attestent de cette très lointaine quête, depuis la protohistoire même et partout dans le monde; ils seront envisagés ci-après, mais plus particulièrement en région wallonne lorsque l'exemple en sera possible.

Suite dans le bulletin N°80 du CEAH